Un vol de trente heures, deux océans à traverser et une poignée de clubs à la main : il ne s’agit pas ici d’un remake d’Indiana Jones, mais bien du chemin suivi par quatre jeunes golfeurs polynésiens, débarqués cette semaine au Domaine du Gouverneur pour le golf championnat france jeunes. Dans la lumière pâle de l’Ain, à dix-sept mille kilomètres des cocotiers, la petite délégation ultramarine bouscule la routine d’un rendez-vous où l’on n’attend pourtant pas tant d’exotisme.
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Sean, Classic Crewneck. Noir40 €Pourquoi quitter Tahiti pour progresser club en main ?
La Polynésie française ne manque ni de lagon ni d’enthousiasme, mais question fairways, la pénurie est réelle : deux parcours 18 trous (Moorea Green Pearl et Golf international de Tahiti-Atimaono), sept pros enseignants pour tout l’archipel, et moins de 900 licenciés. On est loin du nombre de pitchs du practice du Golf National un samedi matin.
Ce minimalisme structure tout le modèle polynésien. Ici, l’exil n’est pas une option mais une condition sine qua non de la progression. Pour franchir le cap de la détection à la performance, le passage par l’Australie, la métropole, voire l’Asie, fait partie du cursus pour tout talent déniché sur place, comme Rokea Teriitehau-Paquier, désormais Australienne d’adoption, ou Nolan Yu Chip Lin, qui s’apprête à intégrer le Centre de performance national en septembre.
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Clubhouse Trucker, Bleue/Gold40 €La Fédération polynésienne : ateliers du bout du monde
Fondée en 1981, la Fédération polynésienne de golf n’a pas l’ivresse des grands chiffres : le chiffre rond de 900 licenciés, six associations sportives et une poignée de bénévoles pour faire tourner la boutique. Pourtant, sous la houlette d’un Charles Almeida revenu sur ses terres natales après un détour par Mionnay et les circuits pros européens, la fédé multiplie les initiatives : championnat de Polynésie, ordre du mérite local, et une dizaine de tournois jeunes orchestrés chaque saison. L’objectif ? Créer une filière qui ne soit pas qu’un tremplin vers l’exil mais qui permette aussi, un jour, de retenir ses talents.
Exil réussi, fierté métisse
Il flotte chez ces jeunes golfeurs quelque chose de l’explorateur : on part en quête d’une expérience que l’on n’aurait jamais pu vivre sur le green de Punaauia. Trois des quatre présents au championnat cette semaine jouent déjà loin des lagons, entre Brisbane, Roissy et Mionnay. Leur succès résonne d’abord comme la récompense du travail d’un Louis Lestelle – enseignant local qui transmet la passion et l’envie de partir mieux armé – et d’une fédération qui, lucide, assume de voir ses meilleurs éléments s’envoler.
Cette année, la Polynésie fait bien plus qu’acte de présence : victoire en qualification U12 filles (Rokea Teriitehau-Paquier), podium Benjamin pour Nolan Yu Chip Lin. De quoi réveiller le souvenir glorieusement rare des parcours de Vaita Guillaume ou Teremoana Beaucousin sur les circuits internationaux.
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Sundays On The Course. Vert/Gris40 €Jeux du Pacifique 2027 : le défi maison
Le grand rêve polynésien ne s’arrête pas au classement du championnat de France jeunes. Tous les regards sont déjà braqués sur l’été 2027 : les Jeux du Pacifique, organisés à domicile, où chaque putt vaudra plus cher qu’un aller simple pour Sydney. Toute la stratégie de détection et de formation locale a désormais un objectif, aussi simple que redoutable : présenter, enfin, une équipe polynésienne capable de rivaliser avec les voisins australiens ou néo-zélandais, chez elle, sur le mythique Golf international de Tahiti-Atimaono.
L’exil, recette ultramarine ou impasse ?
La Polynésie le prouve : faute de nombre, il faut de l’audace. La France hexagonale, elle, gagnerait peut-être à s’inspirer de cette capacité d’adaptation, où chaque repérage de jeune joueur s’accompagne d’un billet d’avion. Mais le modèle a sa limite : sans infrastructures locales, peut-on vraiment installer une culture golfique durable ?
Entre Paris et Papeete, le grand écart reste la norme. Mais des fairways peints au soleil de Moorea à ceux du Domaine du Gouverneur, la passion de la petite balle blanche, elle, traverse bien les fuseaux horaires.
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